10 rizières vietnamiennes qui valent le voyage
Par Jeanne Beauferey, rédactrice voyage
Temps de lecture : 5 minutes
Ordinaire ou gluant. Blanc, noir ou coloré. Servi dans un bol, transformé en gâteau, en alcool ou en accompagnement d'un canard, d'un buffle ou d'un poulet… Il est l'aliment de base du Vietnam. Et en plus d'être bon, il dessine de magnifiques paysages. Dans les régions du nord, comme à Mu Cang Chai, Sapa ou Hoang Su Phi, les rizières sont en terrasses pour cultiver le riz sur des pentes trop abruptes pour l'agriculture classique. Dans le delta du Mékong ou du fleuve Rouge, elles occupent les plaines. Immenses. Pour permettre plusieurs récoltes par an. On y rencontre les communautés thaïes, Tày, Nùng, Hmong noirs, Dao rouges… À pied, à moto, à vélo ou en bateau. Dix destinations pour découvrir les plus belles rizières du Vietnam. À retrouver dans nos circuits accompagnés et voyages sur mesure.
Tantôt vertes au cœur de l'été, tantôt dorées en automne à l'approche des récoltes. Les rizières du Vietnam sont magiques à chaque saison.
1. Mu Cang Chai et La Pan Tan
Après plusieurs heures de route depuis Hanoï, mieux vaut prendre son temps. Les villages de montagne qui jalonnent le parcours invitent à faire halte, le temps d'une nuit chez l'habitant ou dans une petite adresse de charme. Impossible de faire l'impasse sur Tú Lệ. On y goûte le cốm xanh, ce riz gluant récolté avant maturité. Les plus aventureux se laissent tenter par quelques sauterelles grillées... Virage après virage, les montagnes du Tonkin s'offrent à nous. Les grands axes disparaissent progressivement. Les vallées se creusent, les nuages flottent entre les sommets. Et la voici, La Pan Tan, sans doute l'image la plus célèbre de Mu Cang Chai. Depuis ce point de vue prisé des photographes, les rizières en terrasses dévalent les pentes des montagnes. Difficile de ne pas classer ce panorama parmi les plus beaux paysages du Nord Vietnam. Octobre arrive. Le riz est récolté à la main. Le maïs sèche en bottes devant les maisons avant d'être stocké pour nourrir les cochons. Des cabanes de bois parsèment les terrasses et abritent les outils des cultivateurs. Les maisons sur pilotis des communautés thaïes émergent des pentes, tout comme quelques écoles que l'on n'imaginerait jamais trouver dans un décor pareil.
Les coups de cœur de nos experts : déguster un cốm xanh à Tú Lệ ; admirer le panorama depuis le point de vue sur La Pan Tan ; observer les récoltes de fin septembre – début octobre dans les rizières.

2. Hoang Su Phi, miroir miroir
S'il fallait élire la plus discrète des grandes régions rizicoles du Vietnam, Hoàng Su Phì remporterait certainement le titre. Située dans la province de Hà Giang, à quelques kilomètres seulement de la frontière chinoise, elle est longtemps restée dans l'ombre de Sapa et de Mu Cang Chai. Les rizières apparaissent au détour des vallées, accrochées à des pentes vertigineuses où les communautés Dao, Nùng, La Chí et Hmong cultivent le riz depuis des générations. Certaines terrasses semblent si abruptes qu'on se demande comment il est possible d'y travailler. Pendant la saison des eaux, les terrasses sont progressivement inondées avant les plantations. Le ciel, les nuages et les montagnes s'y reflètent comme dans une mosaïque de miroirs. Miroir, miroir, difficile de lui trouver une rivale.
Les coups de cœur de nos experts : admirer les terrasses-miroirs au lever du soleil ; explorer les vallées reculées de Hà Giang ; partir à la rencontre des communautés Dao, Nùng, La Chí et Hmong.

3. Sapa, les montagnes les plus accessibles
Sapa, un nom que les colons peinaient à prononcer et qu'ils transformèrent un temps en Cha Pa. Son destin bascule au début du XXe siècle. Dans le contexte de la colonisation française de l'Indochine, Sapa est aménagée en station d'altitude afin d'offrir un refuge plus frais aux habitants des plaines. De cette époque subsiste encore la célèbre église de pierre dans le centre-ville. Mais à Sapa, tous les regards se tournent vers les rizières que l'on découvre au fil des randonnées, en traversant les villages des communautés Hmong noires et Dao rouges. Pour varier les plaisirs, les cascades d'Argent et de l'Amour offrent de belles escapades au cœur des montagnes environnantes. Plus haut encore, le mont Fansipan, point culminant du Vietnam, s'atteint à pied pour les plus sportifs ou en funiculaire et téléphérique pour profiter sans effort de panoramas sur les montagnes du Tonkin.
Les coups de cœur de nos experts : randonner dans la vallée de Muong Hoa ; découvrir les cascades d'Argent et de l'Amour.


4. Pu Luong, de vallée en vallée
Et l'on pense aussitôt aux buffles d'eau qui labourent les champs, au fameux canard de Pu Luong ou encore au village de Don, où le cliquetis des métiers à tisser accompagne encore le quotidien de certains artisans… Nous voilà fin prêts à nous perdre dans l'arrière-pays. Des sentiers de terre battue relient les rizières aux maisons traditionnelles, traversent quelques hameaux puis disparaissent derrière une colline. Lorsqu'on pense en avoir vu le bout, cela recommence. Une vallée. Puis une autre. Puis encore une autre. Les rizières semblent ne jamais s'arrêter. Au cœur de cette réserve naturelle, les célèbres roues à eau en bambou tournent inlassablement au fil des rivières. Elles permettent encore d'acheminer l'eau vers les rizières et comptent parmi les images les plus caractéristiques de Pu Luong. Sur la rivière Chàm, on peut aussi embarquer à bord d'un radeau de bambou et se laisser porter tranquillement entre les rizières et les villages sur pilotis. Jusqu'aux cascades de Hieu, sans doute les plus célèbres de la région. Avec leur eau claire aux reflets bleu turquoise, elles paraissent presque sorties d'un film fantasy.
Les coups de cœur de nos experts : les balades à pied entre les rizières en terrasses ; le village de Don et ses métiers à tisser traditionnels ; les cascades de Hieu aux eaux turquoise.

5. Bac Ha, des pavots sur les pavés
On connaissait cette petite bourgade pour son plateau blanc en raison des vastes cultures de pavot qui recouvraient les pentes. Mais en 1993, ces plantes servant aussi à fabriquer de l’opium sont interdites. Alors, troc « des pavots sur les pavés » pour les pruniers. Et du riz bien sûr, car l’économie repose toujours sur l'agriculture en terrasses, l'élevage et l'artisanat local. Peut-être est-ce pour cela que le marché de Bac Ha reste le cœur battant de la région. Tout ce qui pousse dans les vallées finit par s'y retrouver. Plusieurs itinéraires de randonnée mènent aux villages des ethnies Hmong, Tay et Phu La, à travers rizières en terrasses, vergers de pruniers et hameaux traditionnels. Les adeptes du trek seront ravis de partir du bourg vers Ban Pho ou Na Hoi. Sans doute meilleur pour la santé…
Les coups de cœur de nos experts : le marché ethnique de Bac Ha ; les vergers de pruniers Tam Hoa au printemps ; les randonnées vers Ban Pho et Na Hoi.

6. Y Tý, téléphone nuages
À 80 kilomètres au nord de Sapa et pourtant peu de monde connaît encore ce paradis. Y Tý. À plus de 2 000 mètres d'altitude, l'expression « la tête dans les nuages » prend tout son sens. On entame l’ascension avant l'aube pour assister aux premières lueurs d'un jour nouveau. Un nuancier d'orange et de rose. Un éclair prisonnier d’un nuage. Puis les nuages se déchirent. Les montagnes apparaissent. Les rizières aussi. Des courbes vertigineuses qui épousent chaque relief et descendent jusqu'au fond des vallées. Le ciel est bleu. On s'assoit alors sur cette balançoire suspendue au-dessus du vide. Mieux vaut ne pas connaître le vertige.
Les coups de cœur de nos experts : explorer les rizières secrètes de Den Sang ; échanger avec les communautés Hmong, Ha Nhi, Dao et Kinh ; découvrir les plantes médicinales qui font la réputation de la région.

7. Cao Bang, après la chute
Difficile d'évoquer Cao Bằng sans penser aux chutes de Ban Giốc, sans doute les plus célèbres du Vietnam. Trente mètres de hauteur, plus de cent mètres de largeur et trois niveaux séparés par des éperons rocheux. Oui, cela vaut le détour (surtout après la période des pluies). Mais pour une fois, oublions la cascade et tournons-nous vers les rizières qui serpentent entre les montagnes calcaires, s'étendent au pied des falaises du géoparc de Non Nuoc et viennent parfois se glisser jusque sous les maisons sur pilotis des villages Tày et Nùng. Au fil des saisons, les terrasses passent du miroir au vert vif puis à l'or des récoltes. Splendide.
Les coups de cœur de nos experts : admirer les rizières de Dam Thuy près de Ban Giốc ; parcourir les vallées habitées par les communautés Tày et Nùng ; découvrir les paysages du géoparc de Non Nuoc à la saison des récoltes.

8. Mai Chau, tout en douceur
Pour une fois, les rizières ne cherchent pas à escalader la montagne. À Mai Chau, elles préfèrent le plat pays. Pas de terrasses vertigineuses mais une vaste vallée où les parcelles de riz dessinent un damier de vert au pied des montagnes. Deux récoltes de riz rythment l'année, transformant le paysage au fil des saisons. Le meilleur moyen de la découvrir reste le vélo. On pédale tranquillement d'un village à l'autre, entre maisons sur pilotis et champs cultivés. Les sentiers se prêtent également à de belles balades à pied, au cœur de la vallée. Puis sonne l’heure de mettre les pieds sous la table. Le poulet grillé au feu de bois, accompagné du riz récolté dans la vallée. Mais ce que l'on retient surtout de Mai Chau, c'est l'hospitalité de ses habitants. Majoritairement habitée par les Thaïs blancs.
Les coups de cœur de nos experts : parcourir les rizières des vallées de Mai Chau et de Mai Hich à vélo ; partager un repas dans une maison sur pilotis ; découvrir la culture des Thaï blancs.

9. Ninh Binh, la baie d’Halong terrestre
À Ninh Bình, les rizières partagent la vedette avec les rivières et les pitons karstiques. Et souvent, le meilleur moyen de les découvrir, c'est en barque. Ramant avec leurs pieds, ce sont bien souvent des femmes de la région qui conduisent les visiteurs à travers ce dédale de falaises calcaires qui a valu à la région son surnom de « baie d'Halong terrestre ». Certaines profitent de la traversée pour vendre les broderies qu'elles réalisent elles-mêmes, un complément de revenu bienvenu entre deux récoltes. Non loin de là, se niche l'ancienne capitale impériale de Hoa Lu. Classée au patrimoine mondial de l'Unesco avec le complexe paysager de Trang An, elle fut autrefois le siège du pouvoir des dynasties Dinh et Le.
Les coups de cœur de nos experts : se laisser guider par les batelières de Tam Coc pour naviguer entre falaises et grottes ; repartir avec une broderie réalisée à la main ; grimper en haut de la montagne Hang Mua pour avoir une vue aérienne du décor karstique ; découvrir les temples des dynasties Dinh et Lê à Hoa Lu entourés de formations karstiques et de rizières.

10. Delta du Mékong, le grenier à riz
Autour de Châu Đốc, près de la frontière cambodgienne, les rizières accompagnent les canaux, les villages et les routes dans une région entièrement façonnée par l'eau. Encore les pieds dans l'eau donc… Et le surnom de « grenier à riz » n'a rien d'usurpé. Le delta du Mékong produit à lui seul plus de la moitié du riz vietnamien et assure près de 90 % des exportations du pays. Un géant agricole devenu fragile. Alors le Vietnam s'adapte et expérimente une riziculture plus durable. Le laboratoire où se joue une partie de son avenir.
Les coups de cœur de nos experts : admirer les rizières au pied du mont Sam ; explorer la forêt inondée de Trà Sư en barque ; découvrir les villages Cham le long du fleuve.















