Nicolas Reynard, le photographe des peuples oubliés
Soucieux d’œuvrer pour un monde plus durable et de sensibiliser le public aux beautés de notre patrimoine naturel et humain, Les Maisons du Voyage et Le Figaro Magazine ont souhaité s’associer dans le cadre de la 3e édition de la Biennale « Photoclimat » pour rendre hommage à l’œuvre de Nicolas Reynard. Ses photographies émouvantes nous parlent d’un monde en péril, d’une beauté fragile, d’une humanité plurielle. Une exposition inédite à découvrir dans notre agence parisienne, du 12 septembre au 28 novembre 2025, comme un appel à la mémoire et à la conscience.
Je m’applique à réaliser une véritable iconographie, qui, je l’espère, puisse faire écho à la colère de ceux qui luttent pour protéger les dernières ethnies libres. -Nicolas Reynard

« Les fleurs de la différence »
Gabras du Kenya, Mokens de Thaïlande, Chipayas de Bolivie, Hakkas de Chine, et, surtout ces « nids ethniques » de l’Amazonie côté Brésil, qui fut son territoire de prédilection… Ce sont ces peuples indigènes en marge du monde occidental - ceux que Claude Lévi-Strauss appelait « les fleurs de la différence », que le photographe Nicolas Reynard a cherché à rencontrer dans les confins du monde, appareil en main.
Dans la jungle brésilienne, il immortalise les Matis, que l’exposition met en lumière. Attachés à leur langue panoane, à leurs rituels et à leurs ornements corporels, ils perpétuent le mode de vie traditionnel des chasseurs-cueilleurs. Mais jusqu’à quand ? Maladies importées, trafic de drogue, pêcheurs clandestins, orpaillage illégal, braconniers : les menaces sont nombreuses. Quand les premiers colons européens sont arrivés, au début du XVIe siècle, on comptait 11 millions d’indigènes sur le territoire qui deviendra le Brésil. Dans la vallée de Javari, les Matis sont, aujourd’hui, réduits à quelques centaines d’individus.


Regard ethnographique et poétique d’un photographe engagé
Entre le reporter et l’ethnologue, Reynard se veut témoin. Il fouille les mythologies, les cosmogonies, les rites pour documenter une urgence. Il capture des gestes, des regards. Et derrière chaque cliché, une histoire, une alerte sur un équilibre menacé.
Les photographies présentées dans cette exposition, jamais montrées depuis la disparition de leur auteur, en 2004, révèlent l’esthétique singulière de négatifs altérés par les conditions extrêmes. En noir et blanc, souvent réalisées au Polaroïd, elles portent les stigmates du temps et de l’humidité comme autant de cicatrices marquant des identités en péril. Non sans évoquer l’œuvre d’Edward Curtis, le photographe mythique des tribus indiennes d’Amérique du Nord. Une filiation naturelle.
« À chaque fois, je remets à la ou les personnes photographiées le positif, gardant le négatif que j’utilise, ensuite », confiait-il. La photo devient un échange, un lien.

Une vie dédiée à l’Amazonie
Né le 4 juillet 1959, Nicolas Reynard avait cette mission : raconter par la photographie les peuples qui vivent en dehors des normes imposées par la mondialisation. Il a collaboré avec le ministère des Affaires indiennes brésilien, participant à des expéditions pour délimiter les territoires de tribus inconnues. Ses reportages ont été publiés par les plus grands titres : National Geographic, Le Figaro Magazine, Paris Match, Géo…
Le 11 novembre 2004, alors qu’il survolait la jungle amazonienne avec le journaliste Joël Donnet, leur hydravion s’est abîmé dans le Rio Negro, près de Manaus. Nicolas Reynard est mort en reportage, fidèle à sa mission jusqu’au bout.
















