« Si je partais demain »… Pascale rêve
Par Pascale Ouelette, experte Asie aux Maisons du Voyage
Temps de lecture : 3 minutes
Si je partais demain, la conseillère en moi demanderait immédiatement : « Où ? Pour combien de temps ? Avec quel budget ? ». La voyageuse, elle, aurait déjà ouvert la fenêtre.
– Tu fais quoi ?
– Je regarde où j’ai envie d’être.
– Sur une carte ?
– Non. Dans ma tête.
C’est ainsi que tout commencerait. Par cette permission que je m’accorde trop rarement : rêver avant d’organiser.
À force d’imaginer les voyages des autres, on en garde quelques-uns pour soi…
Les yeux fermés, déjà ailleurs
Je voudrais voir les dunes s’effacer dans la brume du matin, remonter un fleuve entre des rives de forêt, descendre d’un train dans une gare dont je ne saurais pas prononcer le nom. Ou bien trouver une île lointaine, quelque part au-delà de mes habitudes.
– Une île ? Laquelle ? demanderait la conseillère.
– Une île au soleil, où la mer serait à trente pas de ma porte.
– Je vérifierai. Les photos ont parfois de grandes jambes.
Je fermerais les yeux. Des palmes dessineraient des ombres sur le sable. Devant moi, le lagon passerait du vert pâle au bleu profond. Une barque glisserait au loin et je la suivrais des yeux jusqu’à ce qu’elle disparaisse.
– Pour ce genre de voyage, il faut bien choisir la période, le lieu…– Je sais.
– Pour ton adresse, je regarderais au-delà de la vue : les horaires des bateaux, les possibilités de rejoindre le village, ce qui reste accessible une fois les visiteurs repartis. Histoire de choisir ton petit bout d’île selon la vie que tu veux y mener, pas seulement pour sa photo.
Voilà pourquoi je garderais la conseillère avec moi. Elle sait poser les questions auxquelles mon rêve n’a pas pensé.

Un billet pour réaliser mon rêve
Sur mon bureau, plusieurs rêves attendent encore : une terrasse face à la mer, un dîner sous les étoiles, une baignade dans un lagon désert. Je les regarde avec l’embarras heureux de celle qui doit choisir entre plusieurs choses qu’elle aime.
– Revenons à ton île, proposerait la conseillère. Bali ? Les Philippines, leurs îlots et leurs eaux transparentes ?
– Pas cette fois. J’ai envie de sortir de ma zone Asie, celle dont je connais les itinéraires presque par cœur…
– Alors la Jamaïque ? Les Seychelles ? Zanzibar ? Hawaï, pour mêler le rêve de plage aux paysages volcaniques ? Ou la Polynésie, pour ses lagons, ses îles et la découverte de la culture polynésienne ?
Je laisserais ces noms résonner un instant. Et je ferais mon choix. Je lui confierais les détails de mes envies. Elle dessinerait les grandes lignes du voyage sur mesure, soignerait les étapes, trouverait l’adresse où je serais heureux de poser ma valise. Je la laisserais faire. Elle est plutôt bonne dans son métier.
Elle me garderait une journée sans programme. Le droit de m’attarder là où je me sens bien.
Je préparerais ma valise. J’y glisserais mon carnet, celui dont tant de pages commencent encore par « un jour ».
Cette fois, en haut d’une page blanche, j’écrirais : « Demain. »


















