Deux siècles de photographie, six regards sur le monde
Par Sandrine Vigilant, plume voyageuse
Temps de lecture : 6 minutes
À l’occasion du bicentenaire de la photographie, retour sur une invention qui a renouvelé notre manière de découvrir le monde. Une histoire que prolongent les photographes Nadia Ferroukhi, Éric Lafforgue, Yann Layma, David Lazar, David Lefranc, Tuul et Bruno Morandi. Ces photographes humanistes, baroudeurs et talentueux, parcourent le monde à la recherche de l'authentique. Ils nous racontent les coulisses de leurs images en Chine, en Ouzbékistan, à Madagascar, en Inde, au Cambodge, au Pérou, accompagnées de nos idées de voyages pour explorer, à votre tour, ces horizons.
Les photographes voyageurs racontent l'histoire des peuples au travers d'instants de vie avec une vision esthétique et sincère, mêlant art et reportage.
D’une fenêtre en Bourgogne aux horizons du monde
En 1826-1827, Nicéphore Niépce réalise depuis sa fenêtre, en Bourgogne, le Point de vue du Gras, la plus ancienne photographie conservée. Sur une plaque d’étain recouverte de bitume de Judée, il fixe durablement une vue du réel grâce à un procédé qu’il nomme « héliographie », ou « écriture par le soleil ». En 1839, la présentation du daguerréotype de Louis Daguerre ouvre un nouveau chapitre, à la croisée des sciences et des beaux-arts : enregistrer, documenter, mais aussi émouvoir. Cette double vocation, artistique et documentaire, accompagnera toute son histoire.
Très tôt, l’appareil photographique prend la route. Dès 1842, Joseph-Philibert Girault de Prangey parcourt le bassin méditerranéen, de l’Italie à l’Égypte. Quelques années plus tard, Maxime Du Camp voyage en Orient avec Gustave Flaubert. Aux récits des écrivains et aux dessins des voyageurs s’ajoutent des images qui nourrissent l’imaginaire de l’ailleurs.
De l’héliographie aux photographies numériques, les techniques ont changé ; demeure cette possibilité de conserver un instant et de le partager pour en faire une mémoire qui circule.
Aux Maisons du Voyage, cette histoire résonne avec la nôtre et la photographie a toujours eu une place de choix. Tout a commencé il y a plus de 30 ans avec de images de Marc Riboud, en couverture de nos brochures, qui nous faisaient voyager dans une Chine méconnue. Aujourd'hui, les expositions se succèdent dans notre agence parisienne, place Saint-Sulpice, avec la même envie de partager des regards singuliers qui vous donneront envie d’aller au-delà du cadre.
Six regards, des histoires à partager
C’est dans cet esprit que nous vous invitons à rencontrer nos photographes, humanistes, baroudeurs et talentueux. Leur goût de l'authentique et du pas de côté rejoint celui de nos conseillers : chercher un autre angle, s’éloigner des évidences, donner toute sa place à la rencontre. À travers six photographies commentées, ils nous font découvrir ce qui précède l’instant saisi. Ce qui lui donne tout son sens.
1- La Chine, vue par Yann Layma
« Prise en 1996, lors d'un reportage sur la côte chinoise, cette première image est l'icône de toute ma carrière. Arrivé à Shaoxing dans la province du Zhejiang, il se mit à neiger, alors que cela n'arrive qu'une fois tous les cinq ans. Je fus tellement ému par la beauté de cette scène que j'en étais transporté dans le divin de l'art chinois. Tout excité, je réalisais 80 photos pour n'en garder que trois. Celle-ci a fait le tour du monde. »

2- L'Ouzbékistan, vu par Tuul & Bruno Morandi
« Héritage des anciens caravansérails qui ponctuaient les étapes de la route de la soie, les chaikhana - littéralement « les maisons de thé » - constituent aujourd'hui de vénérables institutions en Ouzbékistan où les heures passent entre amis autour d'une théière sans cesse remplie. En reportage, nos journées sont ponctuées par des pauses thé et la chance nous a souri avec cette rencontre. »

3- Madagascar, vu par Nadia Ferroukhi
« En plein cœur de la plantation de cacao d'Ambanja sur l'île de Madagascar, les entrepôts résonnent du bruit des ouvriers qui filent les fèves de cacao dans les airs. Cette technique de tri leur permet de sélectionner les plus belles. Ici, Stelivio sépare les bons grains des mauvais. »

4- L'Inde, vue par David Lazar
« J'ai découvert que l'un des meilleurs angles pour photographier le Taj Mahal était de l'autre côté de la rivière Yamuna. Les branches des arbres environnants offraient un cadrage silhouetté parfait au mausolée. J'ai demandé aux garçons du village qui jouaient là s'ils pouvaient sauter et attraper ces branches pour créer du mouvement. »

5- Le Cambodge vu par David Lefranc
« Rencontre dans l'enceinte du temple d'Angkor Vat au Cambodge avec des jeunes moines qui se détendent après leur longue journée d'instruction et de prières. J'aime y trainer le soir quand tout redevient calme - l'occasion d'échanges extrêmement enrichissants avec ces jeunes qui parlent très souvent anglais. »

6- Le Pérou vu par Éric Lafforgue
« Ce couple péruvien se rend au Qoyllur Riti, une fête chrétienne qui a lieu à 4 700 m d'altitude, pour guetter l'apparition de Vénus dans le ciel. Alors que les rares touristes sont emmitouflés pour affronter le froid et à bout de souffle, les locaux dansent et chantent toute la nuit ; puis, dorment blottis les uns contre les autres. »




















