Les nouvelles envies d'évasion
Par Jeanne Beauferey, rédactrice voyage
Temps de lecture : 4 minutes
« Qu'est-ce que tu fais pour les vacances ? »… Dans la cantine de l'entreprise, les projets d'évasion de Pierre, Paul ou Jacques s'invitent à toutes les tables. Sri Lanka, Brésil, Ouzbékistan, Canada, évidemment. Mais aussi, surprise, quelques outsiders nordiques… Des destinations qui auraient sans doute laissé perplexes nos aînés pour un départ estival, davantage habitués à partir chercher le soleil qu'à lui échapper. Des aînés qui auraient sans doute été tout aussi étonnés par l'essor des retraites wellness, des séjours ayurvédiques ou encore des voyages en solo. Décryptage de ces nouvelles tendances.
« Retraites wellness, coolcation, voyages en solo… Les nouvelles envies de voyage racontent aussi l'évolution de nos modes de vie. »
La quête de fraîcheur
Norvège, Danemark, Suède, Finlande... À mesure que les thermomètres battent des records, l'été à 22°C commence à faire rêver. Au point que partir chercher la fraîcheur porte un nom, la « coolcation », contraction des mots anglais cool et vacation. Mais au-delà des températures plus clémentes, les pays nordiques renvoient aussi un certain imaginaire du bien-être. « Le fameux hygge danois », sourit Léa Ifergan-Rey, psychologue. Une philosophie qui trouve un écho particulier dans des emplois du temps toujours plus chargés. « Le refrain commun autour de moi, que ce soient mes patients ou mes amis, c'est cette urgence de souffler face à la course contre la montre du quotidien : entre un poste à responsabilités, la vie de famille, le fait de jongler entre les activités des enfants et les devoirs qui n’en finissent pas… Les femmes sont particulièrement éprouvées face à ces injonctions contemporaines de performance – pour ne pas dire de perfection – qui consistent à être à la fois la femme parfaite et la mère parfaite : ambitieuse professionnellement, au top de sa forme physique, apprêtée, avec une décoration d’intérieur digne d’Instagram, une cuisine fraîche et bio, des enfants bien élevés, élèves modèles, sportifs et musiciens… Cet ensemble entraîne une fatigue mentale et physique. »
Depuis la pandémie de Covid-19, nombreux sont ceux qui disent avoir appris à davantage s'écouter. La santé mentale, longtemps reléguée au second plan, s'est progressivement imposée comme un sujet central. Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), la prévalence de l'anxiété et de la dépression a d'ailleurs augmenté de 25 % dans le monde durant la crise sanitaire.

Inspiration « The White Lotus »
Retraites wellness, détox digitales, yoga, séjours ayurvédiques... Depuis, jamais les vacances n'ont autant revendiqué leur dimension réparatrice. Une évolution dont la culture populaire s'est également emparée. Impossible de ne pas penser à The White Lotus, série phénomène où des vacanciers fortunés rejoignent des complexes hôteliers paradisiaques à la recherche d'un peu de répit. « Avant, les vacances d'été c'était surtout pour s'amuser, remarque Joséphine, 25 ans, community manager dans une marque de joaillerie. Aujourd'hui, j'ai plutôt l'impression qu'on demande aux vacances de nous remettre d'aplomb. Je ne m'imagine plus passer mes congés à Ibiza à faire la fête. Sinon, je ne tiens pas jusqu'à Noël ! »
Mais quelle est la durée nécessaire pour récupérer d'une année menée tambour battant ? Après un séjour de huit jours dans l'océan Indien, une patiente de Léa Ifergan-Rey se souvient d'une discussion avec son médecin. « Je lui racontais que je venais enfin de prendre huit jours de vacances, deux ans tout juste après la naissance de mes enfants. Il m'avait répondu qu'il fallait souvent une dizaine de jours au système nerveux pour réellement décrocher. »


L’essor du voyage solo
Une quête de repos qui influence aussi la manière de voyager. Longtemps associé aux voyageurs en sac à dos ou aux voyageurs aguerris, le voyage en solo séduit désormais un public plus large. « Chaque année, je m'offre quelques jours sans personne, raconte Nathalie, 55 ans, architecte. C'est le plus beau cadeau qu'on puisse se faire. Je ne suis plus l'architecte, plus la mère, plus la femme. Je suis juste Nathalie, partie suivre une retraite ayurvédique au Kérala. Au début, mes amies me regardaient avec étonnement. Puis quelques-unes ont fini par franchir le cap. »
Face à cet engouement croissant, les possibilités de voyage se sont elles aussi diversifiées. Les voyageurs en solo ne sont plus condamnés à partir avec pour unique compagnon une carte XXL. Ils peuvent rejoindre des circuits accompagnés pour partager l'expérience avec d'autres passionnés ou opter pour un voyage sur mesure conçu selon leurs envies et leur rythme.
Partir loin, changer d'air, découvrir de nouveaux horizons… les ressorts du voyage demeurent. Mais à l'heure de l'hyperconnexion et de vies toujours plus chargées, les vacanciers semblent attendre davantage de leurs congés.

















